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Journal de New York

Journal publié dans Les Inrocks

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Premier jour

Réveil. Onze heures. Le bruit de Manhattan, au loin. Sirènes de police, moteurs, hurlements. A coté de moi, posé sur le lit, ouvert, le livre de Primo Levi, Les naufragés et les rescapés que j’ai lu hier jusqu’au milieu de la nuit.

A l’instant où mes yeux s’ouvrent une réflexion de Primo Levi me revient, enveloppe ma conscience et m’empêche de penser à quoi que ce soit d’autre pour le reste de la journée ensuite.

Levi raconte qu’au fil des années qui passaient, après son retour d’Auschwitz, il se percevait lui-même de moins en moins comme le témoin direct de la violence des camps de concentration. Ou du moins, il disait qu’il ne faisait pas parti de ceux qui avaient éprouvé cette violence à son degrés le plus poussé, ceux-là étaient morts – c’est étrange, même le mot violence parait faible et dérisoire ici.

Primo Levi explique que ceuxqui ont éprouvé la violence des camps jusqu’a son extrémité la plus terrible ont précisément été tués ou réduits au silence par elle. Ceux qui ont été frappé par la violence la plus extrême ont, par définition, été détruits par cette violence, et ce n’est que ceux qui ont été épargnés à certains moments ou qui ont bénéficié de quelques infimes instants de répit qui ont pu témoigner de la Shoah – répit, bénéficier, tous les mots perdent leur sens. Primo Levi va même jusqu’a dire : Seuls ceux qui ont été « privilégiés » à certains moments dans les camps ont pu revenir et parler des camps, et l’expression « privilégiés » me pousse au bord des larmes.

Si ceux qui ont éprouvé la violence dans son intégralité ne peuvent par définition pas en témoigner, alors témoigner, c’est toujours parler pour quelqu’un d’autre, à la place d’un autre. C’est lui donner sa voix. Etre témoin de la violence, c’est être le témoin de cette impossibilité, de cet échec. C’est lutter désespérément contre l’impossibilité absolue.

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Avec Ocean Vuong à la New York Public Library

 

Deuxième jour

Soleil. J’ouvre mes mails au café, en prenant mon petit déjeuner. Je réponds à quelques-uns, découragé d’avance en pensant qu’il faudra répondre aux réponses, puis je pars rejoindre Ocean à Bryant Park, derrière la Public Library.

Ocean a publié son premier recueil de poèmes il y a quelques mois, Night Sky with exit wounds. Nous avons la même éditrice en Allemagne, c’est elle qui nous a présenté l’un à l’autre. J’ai lu les poèmes d’Ocean juste après l’avoir rencontré et pendant des semaines j’ai été bouleversé, je ne savais plus penser à autre chose.

Ocean est né au Vietnam, dans une famille analphabète. Sa mère ne sait pas écrire son nom. Ils ont émigré en Amérique quand il était enfant. Ils ont fui.

Nous passons l’après-midi à rire, à dire des choses sans importance et à parler de littérature.

Ocean me raconte une histoire : un jour sa mère est venue écouter une de ses lectures dans une librairie. C’était la première fois qu’elle entrait dans une librairie. A la fin de la rencontre, le public a applaudi Ocean. Alors sa mère est venue vers lui, elle pleurait. Ocean lui a demandé ce qui lui arrivait. Elle a répondu : Je n’aurais jamais pensé qu’un jour autant de Blancs applaudiraient un de mes enfants.

 

Quelques jours plus tard ( C’est toujours le mois de février )

J’essaye de travailler, je ne fais rien. Parfois mes journées sont comme ça, je n’arrive pas, je peux rester six, sept heures devant l’écran sans écrire un seul mot, la journée est longue, je cherche des manières de la faire passer plus vite, je déploie des stratégies, je me tends des pièges à moi-même, je reste sous la douche le plus longtemps possible, je compte le temps, je vais acheter du mauvais café au supermarché et tandis que je marche, je pense « ça fera dix bonnes minutes de perdues », je vais à la poste où je n’ai rien à faire, et je me répète aussi, encore, « dix bonnes minutes », et tout le temps j’espère que la journée va se terminer mais dès qu’elle est terminée, je panique, je voudrais la retenir, je voudrais que le temps ne passe plus, et le lendemain la situation se reproduit, je me lève et la journée devant moi à l’air sans fin possible, jusqu’à la fin effectivement atteinte que la panique remplit.

Ce jour-là vers quinze heures je capitule. Je vais à la salle de sport dans le Upper West Side et je cours, je cours de toutes mes forces.

Fin d’après-midi. Je reçois un message de Xavier qui me dit qu’il est en Angleterre pour terminer le tournage de son prochain film, John F. Donovan, et quand je vois la vitesse a laquelle il travaille tout en faisant des films si importants, j’ai encore plus honte de n’avoir rien fait.

Le soir je bois beaucoup pour ne plus penser.

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Plus tard encore

Un éditeur italien me contacte. Il s’apprête à publier des livres de James Baldwin encore jamais traduits en Italie, et il me demande d’écrire une préface. J’accepte. Chaque matin je me réveille – toujours à la même heure, aux alentours de dix heures et demi – je vais marcher à Central Park, je bois quelques cafés et je remonte à l’appartement pour travailler. J’ouvre les Oeuvres de Baldwin, je lis, je prends des notes, j’essaye de former des phrases.

Quelque chose me frappe dans son livre The Devil Finds Work : quand Baldwin, qui vient d’une famille de pasteurs pauvres, découvre la littérature et le cinéma, alors que dans son enfance les gens autour de lui étaient plutôt privés de l’accès à la culture, il se lance dans une espèce de course pour voir et pour lire le plus d’oeuvres possibles sur la vie des Noirs en Amérique, sur l’exclusion dont ils sont l’objet, il se cherche dans ces oeuvres, il essaye de trouver dans l’art des représentations de lui-même, de sa vie – et il doit lutter pour ça, car il se rend compte que la culture s’adresse la plupart du temps aux Blancs.

Mais voilà : plus il lit de choses sur ce qui lui apparait comme étant lui-même, sur le monde dans lequel il a grandi, sur la vie des classes populaires noires, et plus il devient une personne différente, plus il se différencie du monde de son enfance, jusqu’a devenir l’écrivain qu’il est devenu.

Comme si voir ce qu’il est lui permettait de voir toutes les logiques sociales qui l’ont constitué et qui ont formé son corps, le racisme, l’oppression, la pauvreté, et comme si prendre conscience de tout cela lui permettait justement de produire une forme de distance par rapport à ces forces sociales, d’essayer de s’en dégager et d’inventer sa liberté.

Se voir, se transformer, il n’y a pas de différence.

La nuit, je suis fatigué de lire en anglais ( une bonne partie des essais de Baldwin n’existent pas en français ) et je lis Impatience de Francois Bon. Magnifique.

 

Février, toujours

Je continue de travailler sur Baldwin. Le plus souvent je commence à écrire vers midi et je m’arrête autour de dix huit heures, à bout de forces. Je vais marcher plusieurs heures dans la ville, je descends les avenues de Central Park jusqu’a Wall Street, j’essaye de substituer l’épuisement physique à la fatigue intellectuelle.

Le soir au restaurant je retrouve Tash Aw. C’est une histoire à peine croyable, mais il est né à Kuala Lumpur, et il vit maintenant entre New-York, Londres et… Hallencourt, le village du Nord de la France où je suis né et que je décris dans mes deux premiers romans. Il faudrait plus de temps pour raconter comment il a atterri là-bas. En tout cas il a écrit un long article pour London Review of Books sur Histoire de la violence et sur Eddy, connaissant bien le village, la réalité que je décris. Depuis, nous avons échangé des messages, nous nous sommes vu plusieurs fois, et nous sommes devenu amis. C’est a peine imaginable d’être a New-York et de voir quelqu’un avec qui je peux parler du petit chemin de terre où je construisais des cabanes avec mes voisins entre l’âge six et onze ans, en sachant que cette personne visualise parfaitement le chemin, sa morphologie, l’odeur de la terre et de la craie.

Mars

Pluie. Laideur de New-York, parfois. J’allume la télé et je tombe sur l’interview d’un homme politique Républicain. Quand il parle je sens le dégoût qui remplit mon corps. Je voudrais vomir.

Je l’écoute parler de la nécessité pour les Etats de faire des économies. Quand il prononce le mot « économies » il veut dire qu’il faut affamer les pauvres encore plus, déposséder les Noirs encore plus violemment. Mais il ne le dit pas. C’est ça la droite : le mensonge. La gauche dit ce qu’elle veut faire, augmenter les allocations familiales, transformer le système scolaire, augmenter les impôts des plus riches. Mais la droite, elle, ne dit jamais ce qu’elle veut vraiment, réellement faire. Elle ne dit jamais : Nous allons affamer les pauvres et mettre en prison les Noirs. Ce qui caractérise la droite, c’est ce décalage entre ce qu’ils font et ce qu’ils disent qu’ils font. Parfois la gauche trahit ses promesses, c’est vrai, mais c’est autre chose, ne pas tenir une promesse et faire du déni la définition même de son discours et de son être, ça n’a rien a voir.

 

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Skype avec Didier Eribon et Geoffroy de Lagasnerie

 

Le soir, skype avec Didier et Geoffroy, comme toujours quand je suis en Amérique. Ils me manquent. Terriblement. Didier travaille avec Thomas Ostermeier qui adapte Retour à Reims pour le théâtre, leur collaboration marche très bien, Didier a l’air heureux et je suis heureux de le voir heureux – il me semble que l’amitié c’est aussi simple, et aussi beau que ça.

Lectures du mois : Purge de Sofi Oksanen, Infidèles d’Abdellah Taia, et La convocation, d’Herta Muller.

Avril

Ce mois-ci, En finir avec Eddy Bellegueule sort aux Etats-Unis. La soirée de présentation du livre se fera sous forme de dialogue avec Teju Cole à la librairie Albertine.

J’arrive à la librairie. Dehors, la tempête. Le vent était si fort qu’il a projeté mon corps sur le trottoir dans la rue, je marchais et je suis tombé, renversé par une bourrasque.

Le dialogue commence, et au milieu de la soirée, quelqu’un dans la salle me demande si dans Eddy il y a des choses que je n’ai pas dites sur mon père.

Soudain un souvenir me revient. Très souvent les rencontres comme ça produisent cet effet, elles bouleversent ma mémoire.

Il y a longtemps, j’avais douze ans, je marchais avec ma meilleure amie Amelie dans les rues du village ou j’ai grandi, c’était la nuit, et tout à coup nous avons trouvé un portable par terre, sur l’asphalte. Nous l’avons ramassé et nous l’avons gardé.

Quelques jours plus tard la police a appelé mes parents pour leur dire que j’avais volé un téléphone. Je trouvais l’accusation exagérée, mais mon père paraissait croire la police plus que moi. Il est venu me chercher dans ma chambre, il m’a giflé et il m’a emmené au commissariat.

Il n’a rien dit dans la voiture mais quand nous nous sommes assis devant la police, tout de suite mon père s’est mis à me défendre, avec une force que je n’avais jamais rencontrée ni dans sa voix ni dans son regard. Il leur disait que je n’aurais jamais volé un téléphone, que je l’avais trouvé, c’est tout. Il disait que son fils – moi – allait devenir un professeur, un médecin, il ne savait pas encore, qu’en tout cas il – moi – ferait des « grandes études », que son fils n’avait rien a voir avec les délinquants ( sic ). Qu’il était fier de moi. Je ne savais pas qu’il pensait tout ça de moi ( qu’il m’aimait ? ). Pourquoi est ce qu’il ne me le disait jamais ?

Plusieurs années après, quand j’ai fui le village et que je suis allé habiter à Paris, quand le soir dans les bars je rencontrais des hommes et qu’ils me demandaient quelles étaient mes relations avec ma famille, je leur répondais toujours que je détestais mon père. Ce n’était pas vrai. Je savais que je l’aimais mais je ressentais le besoin de dire aux autres que je le détestais. Pourquoi ? Je reproduisais la même chose que lui quelques années plus tôt : exactement comme il ne me disait jamais qu’il m’aimait, et que je l’avais découvert par hasard face à la police, je ne voulais pas admettre ce que je ressentais pour lui. Est ce qu’il est normal d’avoir honte d’aimer ?

Apres la rencontre avec Teju Cole, nous allons diner, Tash vient avec nous et il y a aussi l’équipe d’Albertine, que j’adore. Une femme à coté de nous interrompt Tash pour lui dire a quel point elle a été bouleversée par son dernier roman, publié en France sous le titre Un milliardaire cinq étoiles.

Lecture de la nuit : relecture de La supplication de Svetlana Alexievitch. Chef d’oeuvre absolu.

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Portraits par Sebastian Kim pour la publication de The End of Eddy aux Etats-Unis

 

Avril

Je suis invité à une fête organisée par la revue The Paris Review.

Quand j’arrive je croise Lorin, nous parlons un long moment. Dès qu’il s’éloigne je ressens une solitude infinie. Je regarde autour de moi : je vois la bourgeoisie new-yorkaise en smoking et robes de gala, je vois les serveuses et les serveurs qui portent des plateaux avec dessus des coupes de champagnes. Je voudrais m’enfuir.

Ce que je vois, c’est la capacité de la bourgeoise à prendre un verre sur un plateau sans jamais regarder la personne qui les sert, en continuant leur conversation, comme si les serveurs n’étaient pas là. Je serais incapable – je veux dire même techniquement incapable, sans renverser le plateau – d’ignorer quelqu’un à ce point-là.

Combien d’années faut-il d’apprentissage et de dressage dans la bourgeoise pour réussir à faire ça ? Combien de temps est ce qu’il faut pour apprendre à ignorer ?

La bourgeoisie c’est l’apprentissage de l’ignorance ( le dictionnaire dit : « L’ignorance est un décalage entre la réalité et une perception de cette réalité ».)

( une voix dans ma tête : et si la bourgeoisie regardait les serveurs, est ce que cela rendrait plus acceptable le fait que des humains servent des humains ? )

Je bois le plus possible. Le lendemain j’envoie un mail à Zadie : Je suis désolé si je t’ai dit des choses bêtes hier, j’avais trop bu ( vague souvenir que nous avons parlé de son dernier roman Swing Time). Elle me répond : Ne t’en fais pas, j’étais encore plus saoule que toi, je ne me souviens de rien.

Mai

Elections présidentielles en France. La politique me fait pleurer. J’étais à New-York déjà le jour de l’élection présidentielle américaine, en novembre. Je mangeais au restaurant avec Adam, le patron avait installé des écrans partout dans la salle pour que les clients puissent suivre l’annonce des résultats, et je me souviens la façon dont la salle s’était vidée, comment les sourires s’étaient effacés sur les visages.

J’étais arrivé vers sept heures du soir et tout le monde était certain de la victoire de Clinton. Et puis progressivement les résultats s’étaient affiché sur les écrans et le silence avait saturé tout l’espace du restaurant ( et n’importe quelle personne qui connait New York sait que le silence n’est pas une chose habituelle dans cette ville ).

J’ai lu il y a une semaine à peine le témoignage d’un homme qui a survécu au crash d’un avion. Il racontait que quand l’avion chutait depuis le ciel vers le sol à une vitesse à peine imaginable pour un corps, personne ne parlait ou criait, personne ne pleurait, mais au contraire il y avait dans la cabine de l’avion le silence le plus profond que cet homme ait jamais entendu. C’est le même silence qui avait rempli la salle du restaurant le soir de la victoire de Trump.

Pourtant en France les choses sont différentes. La gauche a été forte pendant la campagne présidentielle. La gauche, que ce soit celle de Hamon ou celle de Mélenchon, a été forte parce qu’elle a refusé de parler le langage de la droite et de l’extrême droite. Pendant la campagne on n’a presque pas entendu parler d’islamisme comme ils disent, ou de sécurité, ou de guerre. Le Pen a essayé d’imposer ces sujets mais elle n’a pas réussi, elle parlait toute seule. La grande défaite de la gauche c’est quand elle répond a la droite.

Je suis troublé par exemple aux Etats Unis de voir que les journaux progressistes passent leur temps a parler de Trump, à tenter de prouver qu’il a tort. Pourquoi montrer qu’il se trompe et qu’il ne dit pas la vérité, alors que tout le monde le sait déjà ?

Le problème, surtout, c’est que quand la gauche répond a la droite elle s’enferme dans les problèmes que la droite choisit, au lieu de poser ses propres problèmes, d’inventer son propre langage. En répondant a la droite, la gauche légitime les problèmes posés par la droite. Elle ratifie ses questions comme des questions dont il est possible de parler.

J’ai toujours pensé au contraire que la démocratie devrait consister a fermer certains débats autant qu’à en ouvrir – à rendre certaines questions impossibles.

La démocratie, que la gauche doit incarner, devrait consister a dire : Il y a des questions auxquelles je ne répondrai pas, car y répondre, même d’une manière critique, c’est les rendre légitimes. « L’islam est il un risque ? » ne doit pas être une question, car répondre a cette question même en disant que non c’est faire exister cette question. Deux femmes devraient elles avoir le droit d’élever un enfant ensemble ne doit pas être une question non plus.

Il faudrait remettre le silence au coeur de la politique contemporaine – un autre type de silence que celui dont je parlais avant – et dire : je ne répondrai pas a telle ou telle question, car elle ne me parait pas acceptable. La droite peut en parler mais je ne lui répondrai pas.

La gauche d’Hamon ou de Poutou ou de Mélenchon a été puissante pendant cette campagne de 2017 car quand Le Pen insultait les musulmans ou les femmes ils ne lui ont pas répondu. Ils ont posé leurs propres problèmes : le revenu universel, les retraites, les violences policières, l’immunité parlementaire et l’absence d’immunité ouvrière.

C’est grâce a cette capacité de la gauche en France a être forte parfois que Le Pen a perdu une fois de plus l’élection et que j’ai pu célébrer sa défaite dans le West village avec Tash, Maaza et Zadie ( même si Macron m’inquiète, inutile de le préciser ).

Lecture : Alexievicth, encore.

Un jour, il faudra décider si je pars ou si je reste dans cette ville.

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Avec Tash et Zadie dans le West village de New York

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The people of the village

Very moved by the article about The end of Eddy and Histoire de la violence in the London Review of booksc4pvgskxaaal97q-jpg-large

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Avec Toni Morrison

Souvenir d’un après midi avec Toni Morrison chez elle à New-York, des discussions autour de Baldwin, de Faulkner…cwrjsgvw8aewos-jpg-large

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Collaboration avec l’artiste Guillaume Bresson

Je suis très heureux d’avoir posé pour la prochaine série de tableaux de l’artiste Guillaume Bresson

D’avoir pu collaborer ces derniers mois avec des artistes comme Sylvie Blocher, Thomas Hirschhorn ou Denis Dailleux a été plus qu’enrichissant, j’espère que ce n’est qu’un début.

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Rendre Justice / Faire violence : dialogue avec Geoffroy de Lagasnerie

Dialogue avec Geoffroy de Lagasnerie au Théâtre de l’Usine, à Genève, le 17 février 2016.

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Quelques photos de la rencontre autour d’Histoire de la violence, à la Maison de la poésie

 

Le 14 janvier, j’ai présenté mon deuxième roman à la Maison de la poésie,  à Paris. La rencontre était animée par Raphaelle Leyris, journaliste du Monde. Voici quelques photos.

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La vérité en littérature

DSC01794 Il y a quelques jours, et un peu par hasard, j’ai retrouvé ces photos de la maison dans laquelle j’ai grandi et que je décris dans En finir avec Eddy Bellegueule, alors que j’essayais de faire le tri dans mon ordinateur en classant et en supprimant des fichiers. On y voit le volet vert de ce qui a été ma chambre pendant quinze ans, les trous dans les murs, aussi, qui laissaient entrer l’eau quand il pleuvait et qu’on tentait de couvrir avec du carton ou des bâches qui s’arrachaient. J’écrivais dans le livre : « de ma chambre humide et froide que je détestais, dans laquelle l’eau s’infiltrait les jours de pluie. » Je me suis souvenu que, lorsque j’avais envoyé le manuscrit d’Eddy par la poste, à plusieurs éditeurs, j’avais proposé, dans la lettre qui accompagnait les manuscrits, d’ajouter des photographies à l’intérieur du roman. J’ai souvent dit que le point de départ de l’écriture de ce livre avait été une sorte de volonté de vérité ( contre ce qui m’apparaissait comme le silence et l’absence à l’intérieur de la littérature, de ce que j’y décris, des vies et du langage qui s’y déploient ) ; que la vérité n’était pas un plus, un supplément par rapport au livre, un détail qu’on pourrait ou non prendre en compte en lisant En finir avec Eddy Bellegueule, mais que toute la conception du livre était hantée par cette volonté de dire le vrai, que tout le travail stylistique, formel, l’agencement des chapitres et des paragraphes, la ponctuation, les langages qui s’y affrontent, que tout ça était le résultat d’une recherche de la vérité par les outils de la littérature ( qui en ce sens, peut être beaucoup plus puissante que le témoignage pour restituer la réalité ). Pour pousser encore plus loin cette démarche, la radicaliser, j’avais donc pensé à inclure plusieurs photos dans le livre, qui, je crois, auraient pu avoir dans le texte une valeur littéraire, modifier le texte lui même par ce qu’elles auraient pu projeter sur lui – évidemment je n’aurais pas été le premier, loin de là, d’autres l’ont fait, on peut penser par exemple à Sebald, mais précisément chez lui les photographies servent le plus souvent à renforcer l’aspect fictionnel du texte, puisqu’il y mettait régulièrement des photos trouvées au hasard. Mon éditeur, à ce moment-là, pensait que ce n’était pas une bonne idée ; le livre a été publié sans les photos. Je les publie aujourd’hui. DSC01793

J’écris aussi dans le livre que je m’étais forcé à manger le plus possible pour grossir et, de cette manière, correspondre aux exigences de la masculinité dans le milieu de mon enfance ( puisque la maigreur des garçons était associée à une marque de féminité ) :  « je me mis soudainement à tout avaler sur mon passage, comme ces insectes qui se déplacent en nuages et font disparaître des paysages entiers. Je pris une vingtaine de kilos en un an. » Eddy a dix ans sur la première photo, onze sur la seconde. photo 2(1) photo 4

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