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Journal de New York

Journal publié dans Les Inrocks

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Premier jour

Réveil. Onze heures. Le bruit de Manhattan, au loin. Sirènes de police, moteurs, hurlements. A coté de moi, posé sur le lit, ouvert, le livre de Primo Levi, Les naufragés et les rescapés que j’ai lu hier jusqu’au milieu de la nuit.

A l’instant où mes yeux s’ouvrent une réflexion de Primo Levi me revient, enveloppe ma conscience et m’empêche de penser à quoi que ce soit d’autre pour le reste de la journée ensuite.

Levi raconte qu’au fil des années qui passaient, après son retour d’Auschwitz, il se percevait lui-même de moins en moins comme le témoin direct de la violence des camps de concentration. Ou du moins, il disait qu’il ne faisait pas parti de ceux qui avaient éprouvé cette violence à son degrés le plus poussé, ceux-là étaient morts – c’est étrange, même le mot violence parait faible et dérisoire ici.

Primo Levi explique que ceuxqui ont éprouvé la violence des camps jusqu’a son extrémité la plus terrible ont précisément été tués ou réduits au silence par elle. Ceux qui ont été frappé par la violence la plus extrême ont, par définition, été détruits par cette violence, et ce n’est que ceux qui ont été épargnés à certains moments ou qui ont bénéficié de quelques infimes instants de répit qui ont pu témoigner de la Shoah – répit, bénéficier, tous les mots perdent leur sens. Primo Levi va même jusqu’a dire : Seuls ceux qui ont été « privilégiés » à certains moments dans les camps ont pu revenir et parler des camps, et l’expression « privilégiés » me pousse au bord des larmes.

Si ceux qui ont éprouvé la violence dans son intégralité ne peuvent par définition pas en témoigner, alors témoigner, c’est toujours parler pour quelqu’un d’autre, à la place d’un autre. C’est lui donner sa voix. Etre témoin de la violence, c’est être le témoin de cette impossibilité, de cet échec. C’est lutter désespérément contre l’impossibilité absolue.

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Avec Ocean Vuong à la New York Public Library

 

Deuxième jour

Soleil. J’ouvre mes mails au café, en prenant mon petit déjeuner. Je réponds à quelques-uns, découragé d’avance en pensant qu’il faudra répondre aux réponses, puis je pars rejoindre Ocean à Bryant Park, derrière la Public Library.

Ocean a publié son premier recueil de poèmes il y a quelques mois, Night Sky with exit wounds. Nous avons la même éditrice en Allemagne, c’est elle qui nous a présenté l’un à l’autre. J’ai lu les poèmes d’Ocean juste après l’avoir rencontré et pendant des semaines j’ai été bouleversé, je ne savais plus penser à autre chose.

Ocean est né au Vietnam, dans une famille analphabète. Sa mère ne sait pas écrire son nom. Ils ont émigré en Amérique quand il était enfant. Ils ont fui.

Nous passons l’après-midi à rire, à dire des choses sans importance et à parler de littérature.

Ocean me raconte une histoire : un jour sa mère est venue écouter une de ses lectures dans une librairie. C’était la première fois qu’elle entrait dans une librairie. A la fin de la rencontre, le public a applaudi Ocean. Alors sa mère est venue vers lui, elle pleurait. Ocean lui a demandé ce qui lui arrivait. Elle a répondu : Je n’aurais jamais pensé qu’un jour autant de Blancs applaudiraient un de mes enfants.

 

Quelques jours plus tard ( C’est toujours le mois de février )

J’essaye de travailler, je ne fais rien. Parfois mes journées sont comme ça, je n’arrive pas, je peux rester six, sept heures devant l’écran sans écrire un seul mot, la journée est longue, je cherche des manières de la faire passer plus vite, je déploie des stratégies, je me tends des pièges à moi-même, je reste sous la douche le plus longtemps possible, je compte le temps, je vais acheter du mauvais café au supermarché et tandis que je marche, je pense « ça fera dix bonnes minutes de perdues », je vais à la poste où je n’ai rien à faire, et je me répète aussi, encore, « dix bonnes minutes », et tout le temps j’espère que la journée va se terminer mais dès qu’elle est terminée, je panique, je voudrais la retenir, je voudrais que le temps ne passe plus, et le lendemain la situation se reproduit, je me lève et la journée devant moi à l’air sans fin possible, jusqu’à la fin effectivement atteinte que la panique remplit.

Ce jour-là vers quinze heures je capitule. Je vais à la salle de sport dans le Upper West Side et je cours, je cours de toutes mes forces.

Fin d’après-midi. Je reçois un message de Xavier qui me dit qu’il est en Angleterre pour terminer le tournage de son prochain film, John F. Donovan, et quand je vois la vitesse a laquelle il travaille tout en faisant des films si importants, j’ai encore plus honte de n’avoir rien fait.

Le soir je bois beaucoup pour ne plus penser.

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Plus tard encore

Un éditeur italien me contacte. Il s’apprête à publier des livres de James Baldwin encore jamais traduits en Italie, et il me demande d’écrire une préface. J’accepte. Chaque matin je me réveille – toujours à la même heure, aux alentours de dix heures et demi – je vais marcher à Central Park, je bois quelques cafés et je remonte à l’appartement pour travailler. J’ouvre les Oeuvres de Baldwin, je lis, je prends des notes, j’essaye de former des phrases.

Quelque chose me frappe dans son livre The Devil Finds Work : quand Baldwin, qui vient d’une famille de pasteurs pauvres, découvre la littérature et le cinéma, alors que dans son enfance les gens autour de lui étaient plutôt privés de l’accès à la culture, il se lance dans une espèce de course pour voir et pour lire le plus d’oeuvres possibles sur la vie des Noirs en Amérique, sur l’exclusion dont ils sont l’objet, il se cherche dans ces oeuvres, il essaye de trouver dans l’art des représentations de lui-même, de sa vie – et il doit lutter pour ça, car il se rend compte que la culture s’adresse la plupart du temps aux Blancs.

Mais voilà : plus il lit de choses sur ce qui lui apparait comme étant lui-même, sur le monde dans lequel il a grandi, sur la vie des classes populaires noires, et plus il devient une personne différente, plus il se différencie du monde de son enfance, jusqu’a devenir l’écrivain qu’il est devenu.

Comme si voir ce qu’il est lui permettait de voir toutes les logiques sociales qui l’ont constitué et qui ont formé son corps, le racisme, l’oppression, la pauvreté, et comme si prendre conscience de tout cela lui permettait justement de produire une forme de distance par rapport à ces forces sociales, d’essayer de s’en dégager et d’inventer sa liberté.

Se voir, se transformer, il n’y a pas de différence.

La nuit, je suis fatigué de lire en anglais ( une bonne partie des essais de Baldwin n’existent pas en français ) et je lis Impatience de Francois Bon. Magnifique.

 

Février, toujours

Je continue de travailler sur Baldwin. Le plus souvent je commence à écrire vers midi et je m’arrête autour de dix huit heures, à bout de forces. Je vais marcher plusieurs heures dans la ville, je descends les avenues de Central Park jusqu’a Wall Street, j’essaye de substituer l’épuisement physique à la fatigue intellectuelle.

Le soir au restaurant je retrouve Tash Aw. C’est une histoire à peine croyable, mais il est né à Kuala Lumpur, et il vit maintenant entre New-York, Londres et… Hallencourt, le village du Nord de la France où je suis né et que je décris dans mes deux premiers romans. Il faudrait plus de temps pour raconter comment il a atterri là-bas. En tout cas il a écrit un long article pour London Review of Books sur Histoire de la violence et sur Eddy, connaissant bien le village, la réalité que je décris. Depuis, nous avons échangé des messages, nous nous sommes vu plusieurs fois, et nous sommes devenu amis. C’est a peine imaginable d’être a New-York et de voir quelqu’un avec qui je peux parler du petit chemin de terre où je construisais des cabanes avec mes voisins entre l’âge six et onze ans, en sachant que cette personne visualise parfaitement le chemin, sa morphologie, l’odeur de la terre et de la craie.

Mars

Pluie. Laideur de New-York, parfois. J’allume la télé et je tombe sur l’interview d’un homme politique Républicain. Quand il parle je sens le dégoût qui remplit mon corps. Je voudrais vomir.

Je l’écoute parler de la nécessité pour les Etats de faire des économies. Quand il prononce le mot « économies » il veut dire qu’il faut affamer les pauvres encore plus, déposséder les Noirs encore plus violemment. Mais il ne le dit pas. C’est ça la droite : le mensonge. La gauche dit ce qu’elle veut faire, augmenter les allocations familiales, transformer le système scolaire, augmenter les impôts des plus riches. Mais la droite, elle, ne dit jamais ce qu’elle veut vraiment, réellement faire. Elle ne dit jamais : Nous allons affamer les pauvres et mettre en prison les Noirs. Ce qui caractérise la droite, c’est ce décalage entre ce qu’ils font et ce qu’ils disent qu’ils font. Parfois la gauche trahit ses promesses, c’est vrai, mais c’est autre chose, ne pas tenir une promesse et faire du déni la définition même de son discours et de son être, ça n’a rien a voir.

 

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Skype avec Didier Eribon et Geoffroy de Lagasnerie

 

Le soir, skype avec Didier et Geoffroy, comme toujours quand je suis en Amérique. Ils me manquent. Terriblement. Didier travaille avec Thomas Ostermeier qui adapte Retour à Reims pour le théâtre, leur collaboration marche très bien, Didier a l’air heureux et je suis heureux de le voir heureux – il me semble que l’amitié c’est aussi simple, et aussi beau que ça.

Lectures du mois : Purge de Sofi Oksanen, Infidèles d’Abdellah Taia, et La convocation, d’Herta Muller.

Avril

Ce mois-ci, En finir avec Eddy Bellegueule sort aux Etats-Unis. La soirée de présentation du livre se fera sous forme de dialogue avec Teju Cole à la librairie Albertine.

J’arrive à la librairie. Dehors, la tempête. Le vent était si fort qu’il a projeté mon corps sur le trottoir dans la rue, je marchais et je suis tombé, renversé par une bourrasque.

Le dialogue commence, et au milieu de la soirée, quelqu’un dans la salle me demande si dans Eddy il y a des choses que je n’ai pas dites sur mon père.

Soudain un souvenir me revient. Très souvent les rencontres comme ça produisent cet effet, elles bouleversent ma mémoire.

Il y a longtemps, j’avais douze ans, je marchais avec ma meilleure amie Amelie dans les rues du village ou j’ai grandi, c’était la nuit, et tout à coup nous avons trouvé un portable par terre, sur l’asphalte. Nous l’avons ramassé et nous l’avons gardé.

Quelques jours plus tard la police a appelé mes parents pour leur dire que j’avais volé un téléphone. Je trouvais l’accusation exagérée, mais mon père paraissait croire la police plus que moi. Il est venu me chercher dans ma chambre, il m’a giflé et il m’a emmené au commissariat.

Il n’a rien dit dans la voiture mais quand nous nous sommes assis devant la police, tout de suite mon père s’est mis à me défendre, avec une force que je n’avais jamais rencontrée ni dans sa voix ni dans son regard. Il leur disait que je n’aurais jamais volé un téléphone, que je l’avais trouvé, c’est tout. Il disait que son fils – moi – allait devenir un professeur, un médecin, il ne savait pas encore, qu’en tout cas il – moi – ferait des « grandes études », que son fils n’avait rien a voir avec les délinquants ( sic ). Qu’il était fier de moi. Je ne savais pas qu’il pensait tout ça de moi ( qu’il m’aimait ? ). Pourquoi est ce qu’il ne me le disait jamais ?

Plusieurs années après, quand j’ai fui le village et que je suis allé habiter à Paris, quand le soir dans les bars je rencontrais des hommes et qu’ils me demandaient quelles étaient mes relations avec ma famille, je leur répondais toujours que je détestais mon père. Ce n’était pas vrai. Je savais que je l’aimais mais je ressentais le besoin de dire aux autres que je le détestais. Pourquoi ? Je reproduisais la même chose que lui quelques années plus tôt : exactement comme il ne me disait jamais qu’il m’aimait, et que je l’avais découvert par hasard face à la police, je ne voulais pas admettre ce que je ressentais pour lui. Est ce qu’il est normal d’avoir honte d’aimer ?

Apres la rencontre avec Teju Cole, nous allons diner, Tash vient avec nous et il y a aussi l’équipe d’Albertine, que j’adore. Une femme à coté de nous interrompt Tash pour lui dire a quel point elle a été bouleversée par son dernier roman, publié en France sous le titre Un milliardaire cinq étoiles.

Lecture de la nuit : relecture de La supplication de Svetlana Alexievitch. Chef d’oeuvre absolu.

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Portraits par Sebastian Kim pour la publication de The End of Eddy aux Etats-Unis

 

Avril

Je suis invité à une fête organisée par la revue The Paris Review.

Quand j’arrive je croise Lorin, nous parlons un long moment. Dès qu’il s’éloigne je ressens une solitude infinie. Je regarde autour de moi : je vois la bourgeoisie new-yorkaise en smoking et robes de gala, je vois les serveuses et les serveurs qui portent des plateaux avec dessus des coupes de champagnes. Je voudrais m’enfuir.

Ce que je vois, c’est la capacité de la bourgeoise à prendre un verre sur un plateau sans jamais regarder la personne qui les sert, en continuant leur conversation, comme si les serveurs n’étaient pas là. Je serais incapable – je veux dire même techniquement incapable, sans renverser le plateau – d’ignorer quelqu’un à ce point-là.

Combien d’années faut-il d’apprentissage et de dressage dans la bourgeoise pour réussir à faire ça ? Combien de temps est ce qu’il faut pour apprendre à ignorer ?

La bourgeoisie c’est l’apprentissage de l’ignorance ( le dictionnaire dit : « L’ignorance est un décalage entre la réalité et une perception de cette réalité ».)

( une voix dans ma tête : et si la bourgeoisie regardait les serveurs, est ce que cela rendrait plus acceptable le fait que des humains servent des humains ? )

Je bois le plus possible. Le lendemain j’envoie un mail à Zadie : Je suis désolé si je t’ai dit des choses bêtes hier, j’avais trop bu ( vague souvenir que nous avons parlé de son dernier roman Swing Time). Elle me répond : Ne t’en fais pas, j’étais encore plus saoule que toi, je ne me souviens de rien.

Mai

Elections présidentielles en France. La politique me fait pleurer. J’étais à New-York déjà le jour de l’élection présidentielle américaine, en novembre. Je mangeais au restaurant avec Adam, le patron avait installé des écrans partout dans la salle pour que les clients puissent suivre l’annonce des résultats, et je me souviens la façon dont la salle s’était vidée, comment les sourires s’étaient effacés sur les visages.

J’étais arrivé vers sept heures du soir et tout le monde était certain de la victoire de Clinton. Et puis progressivement les résultats s’étaient affiché sur les écrans et le silence avait saturé tout l’espace du restaurant ( et n’importe quelle personne qui connait New York sait que le silence n’est pas une chose habituelle dans cette ville ).

J’ai lu il y a une semaine à peine le témoignage d’un homme qui a survécu au crash d’un avion. Il racontait que quand l’avion chutait depuis le ciel vers le sol à une vitesse à peine imaginable pour un corps, personne ne parlait ou criait, personne ne pleurait, mais au contraire il y avait dans la cabine de l’avion le silence le plus profond que cet homme ait jamais entendu. C’est le même silence qui avait rempli la salle du restaurant le soir de la victoire de Trump.

Pourtant en France les choses sont différentes. La gauche a été forte pendant la campagne présidentielle. La gauche, que ce soit celle de Hamon ou celle de Mélenchon, a été forte parce qu’elle a refusé de parler le langage de la droite et de l’extrême droite. Pendant la campagne on n’a presque pas entendu parler d’islamisme comme ils disent, ou de sécurité, ou de guerre. Le Pen a essayé d’imposer ces sujets mais elle n’a pas réussi, elle parlait toute seule. La grande défaite de la gauche c’est quand elle répond a la droite.

Je suis troublé par exemple aux Etats Unis de voir que les journaux progressistes passent leur temps a parler de Trump, à tenter de prouver qu’il a tort. Pourquoi montrer qu’il se trompe et qu’il ne dit pas la vérité, alors que tout le monde le sait déjà ?

Le problème, surtout, c’est que quand la gauche répond a la droite elle s’enferme dans les problèmes que la droite choisit, au lieu de poser ses propres problèmes, d’inventer son propre langage. En répondant a la droite, la gauche légitime les problèmes posés par la droite. Elle ratifie ses questions comme des questions dont il est possible de parler.

J’ai toujours pensé au contraire que la démocratie devrait consister a fermer certains débats autant qu’à en ouvrir – à rendre certaines questions impossibles.

La démocratie, que la gauche doit incarner, devrait consister a dire : Il y a des questions auxquelles je ne répondrai pas, car y répondre, même d’une manière critique, c’est les rendre légitimes. « L’islam est il un risque ? » ne doit pas être une question, car répondre a cette question même en disant que non c’est faire exister cette question. Deux femmes devraient elles avoir le droit d’élever un enfant ensemble ne doit pas être une question non plus.

Il faudrait remettre le silence au coeur de la politique contemporaine – un autre type de silence que celui dont je parlais avant – et dire : je ne répondrai pas a telle ou telle question, car elle ne me parait pas acceptable. La droite peut en parler mais je ne lui répondrai pas.

La gauche d’Hamon ou de Poutou ou de Mélenchon a été puissante pendant cette campagne de 2017 car quand Le Pen insultait les musulmans ou les femmes ils ne lui ont pas répondu. Ils ont posé leurs propres problèmes : le revenu universel, les retraites, les violences policières, l’immunité parlementaire et l’absence d’immunité ouvrière.

C’est grâce a cette capacité de la gauche en France a être forte parfois que Le Pen a perdu une fois de plus l’élection et que j’ai pu célébrer sa défaite dans le West village avec Tash, Maaza et Zadie ( même si Macron m’inquiète, inutile de le préciser ).

Lecture : Alexievicth, encore.

Un jour, il faudra décider si je pars ou si je reste dans cette ville.

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Avec Tash et Zadie dans le West village de New York
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Histoire de la violence au festival d’Avignon

cxelwwyucaajxy1-jpg-largeLe 12 juillet 2017, à 22h30, sera présentée dans le Off du Festival d’Avignon une lecture d’Histoire de la violence. A l’issue de la lecture, je dialoguerai avec le metteur en scène, Laurent Hatat, qui avait notamment adapté au théâtre Retour à Reims de Didier Eribon en 2014.

La lecture et la discussion se dérouleront au théâtre de la Manufacture.

Voici la présentation de la soirée donnée dans le dossier de presse de la compagnie :

Laurent Hatat prépare une adaptation théâtrale du roman d’Edouard Louis, Histoire de la Violence (…). Une première version de 40 minutes sera présentée à la Manufacture le 12 juillet 2017 à 22h30 dans le cadre d’une journée de réflexion, de débats, de présentations de projets autour de l’émergence contemporaine qui se déroulera de 14h à 23h.

« Nous donnerons d’abord une lecture de quelques extraits du roman Histoire de la Violence.
J’animerai ensuite une rencontre avec Edouard Louis. Au-delà des échanges sur le roman en lui-même, son succès international – j’aimerais axer la thématique de la rencontre sur la question de l’adaptation, au cinéma ou encore au théâtre avec le projet d’anima motrix. Nous évoquerons aussi les enjeux et les risques du point de vue de l’auteur. » Laurent Hatat

écriture et conception Laurent Hatat | avec Edouard Louis, Emma Gustafsson, Arnaud Vrech, Céline Langlois et Laurent Hatat

— La Manufacture, Avignon (rue des Écoles)
le 12 juillet de 22H30 à 0H00

 

 

 

 

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Collaboration avec l’artiste Guillaume Bresson

Je suis très heureux d’avoir posé pour la prochaine série de tableaux de l’artiste Guillaume Bresson

D’avoir pu collaborer ces derniers mois avec des artistes comme Sylvie Blocher, Thomas Hirschhorn ou Denis Dailleux a été plus qu’enrichissant, j’espère que ce n’est qu’un début.

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Lignes de fractures / Rencontres au centre Pompidou

Le Centre Pompidou organise le mercredi 4 mai 2016 une grande journée de débats sur les « Lignes de fracture » de la période contemporaine. Elle s’inscrit dans le cadre du festival « Hors-Pistes » dont le titre est, cette année, L’Art de la révolte.

Je dialoguerai ce jour-là avec la réalisatrice Céline Sciamma, à 17h30, sur le thème des classes sociales, de la domination, de l’écriture, du genre etc.

Voici le programme complet de la journée. Version1-Image.jpg

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« Langages de la violence » : dialogue avec Guillaume Bresson

Entretien réalisé avec Alain Berland pour la revue Mouvement

Edouard Louis, vous êtes à l’origine du projet que vous menez actuellement avec Guillaume Bresson. Pressentiez-vous des préoccupations communes qui auraient fait naître le désir de travailler ensemble? 

Édouard Louis : J’ai vu dans les tableaux de Guillaume Bresson l’accomplissement d’une ambition que devrait se donner n’importe quel art ou n’importe quel travail de création et de réflexion, que ce soit la peinture, les arts visuels, la littérature ou la théorie : faire advenir dans l’espace du visible des réalités invisibles et donc qui, jusque-là, paraissaient indicibles. La grandeur d’auteures comme Toni Morrison ou Herta Müller, c’est d’avoir trouvé des formes nouvelles pour dire des choses que l’on n’avait jamais réussi à dire auparavant : les traumatismes de la guerre ou les destins broyés des Noirs aux États-Unis chez Morrison, la vie dans les camps pendant la dictature en Roumanie chez Müller. Toute la recherche stylistique dans les tableaux de Guillaume ou dans les romans de Morrison vise à faire voir ou entendre ce que l’on n’avait jamais vu avant. Les longs monologues chez Morrison ce n’est pas du « style pour le style », comme le ferait dire l’idéologie de la littérature, ce ne sont pas des « mots pour les mots », c’est une façon de faire advenir dans l’espace du visible des voix qui ne l’étaient pas, qui existaient dans la réalité objective mais qui étaient renvoyées dans l’ombre et le silence.

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Vous voulez dire « refuser la forme pour la forme » ? 

Édouard Louis : C’est ça, non pas la forme pour la forme, mais la forme comme recherche de la vérité. Peut-être d’ailleurs que la question n’est pas celle de la forme, mais celle de ses effets : ce que cette forme produit dans la réalité. On pose souvent la question du formalisme, est-ce qu’il faut préférer un art plus politique ou plus formaliste, comme le préconisaient des auteurs tels qu’Alain Robbe-Grillet… C’est une question qui traverse depuis des siècles les champs artistiques et littéraires, et je ne crois pas que ce soit une bonne opposition. C’est à partir des effets qu’il faut juger. Si la forme sert à passer sous silence la vérité, alors il faut la remettre en cause, si elle permet de dire des choses nouvelles, si elle sert à dire la souffrance, la honte, la domination, comme chez Claude Simon, il faut la soutenir. Le problème c’est peut-être celui des termes eux-mêmes : on utilise un même mot, « forme », pour des choses qui ont des effets radicalement opposés, et même des intentions complètement différentes. Comment parler de « forme » chez Simon et Robbe-Grillet quand chez le premier elle permet de « pouvoir dire » et quand chez le second elle s’acharne, explicitement, à parler le moins possible du monde social ?

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Guillaume Bresson, vous êtes passé de représentations naturalistes, avec des scènes d’affrontements nocturnes dans des parkings, à des représentations symbolistes diurnes dans des lieux indéterminés avec des personnages solitaires. Cette seconde période est-elle, pour para- phraser Édouard Louis, une façon d’ « En finir avec Guillaume Bresson » ? 

Guillaume Bresson : Je crois que pour faire comprendre les changements dans mon travail, en évitant de faire rentrer ces différentes périodes dans des catégories comme naturaliste, symboliste, etc., il vaut mieux que je raconte un peu ce qu’il se passe dans mon atelier. J’invite des personnes de mon entourage à venir se faire photographier dans différentes postures, de façon plus ou moins improvisée. Parfois en groupe, parfois seules. On établit une sorte de relation, un équilibre entre ce qu’ils me proposent et ce que je leur demande. Chaque personne avec son tonus musculaire, sa gestuelle propre, offre des possibilités et impose ses limites. Quand j’ai travaillé avec les jeunes de banlieue, les contacts entre eux étaient simples à établir mais automatiquement sur le mode de la virilité. Les gestes étaient spectaculaires, les vêtements qu’ils portaient arboraient des marques très visibles, et toutes ces choses, je les ai montrées telles quelles, sans les filtrer, car je sentais qu’elles étaient porteuses de sens, même s’il ne m’appartenait pas à ce moment-là de les analyser. Là où j’interviens, c’est ensuite. Quand je découpe différentes parties de ces photos, que je les recompose puis les insère dans un décor. Ici, les parkings souterrains, dont les caractéristiques sont déterminantes pour l’action qui va s’y produire. Comme s’il fallait bien faire sentir la relation entre un lieu et les façons d’être qu’il génère, et que ce qui importe c’est cette relation, peut-être plus encore que l’anecdote narrative.

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Dans cette seconde période que vous évoquez, j’ai peint les joggeurs solitaires. Mes sujets étaient d’un milieu social différent, plus généralement issus des classes moyennes. Là, les données du problème ont varié : les attitudes des corps étaient plus mesurées, plus statiques, les façons de s’habiller plus discrètes, moins colorées, sans marques visibles, et tout ça a imprimé un rythme différent aux compositions. La lumière très contrastée des premiers tableaux n’était pas appropriée. Et à l’inverse, j’ai opté pour des espaces indéterminés, plus abstraits, de simples grilles de perspective linéaire ; cela a donné des morceaux de récits difficilement identifiables, des combinaisons de corps qui ne se rencontrent pas vraiment, dans des espaces très vides. Bien sûr, la violence est toujours là, mais elle est souterraine, cachée sous l’illusion de la couche de peinture grise, elle est représentée de façon symbolique : si les coups étaient manifestes dans les parkings, c’est maintenant la violence sourde de la structure que j’essaie de rendre sensible. Pour reprendre ce que dit Édouard, la forme et le propos sont donc intimement liés, et cette articulation forme / propos, je ne la fais pas de façon consciente, elle se fait assez intuitivement au fur et à mesure de la pratique, et je crois qu’elle est plus ou moins directement informée par les postures des corps des modèles, qui elles-mêmes sont socialement déterminées.

Édouard Louis : Oui, d’une certaine façon chaque classe sociale nécessite une lumière, une forme, une méthode différente. C’est un peu comme dans La distinction de Bourdieu, où chaque classe sociale est analysée, d’une certaine façon, par une théorie différente. La théorie de la bonne volonté pour les classes moyennes, le goût du nécessaire pour les classes populaires et le sens de la distinction pour la bourgeoisie. Sa théorie est par essence éclatée, segmentée, même si elle s’inscrit dans un ensemble, car pour chaque monde, sa méthode est différente, comme pour les parkings ou les joggeurs de Guillaume.

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Guillaume, la lecture d’En finir avec Eddy Bellegeule vous a-t-elle permis de mieux analyser votre propre travail, notamment dans son rapport à la violence ? 

Guillaume Bresson : Oui la rencontre avec l’univers d’Édouard, avec son livre, mais aussi la lecture de Retour à Reims de Didier Eribon ou les ouvrages d’Annie Ernaux, m’ont permis de mieux voir ce « retour sur soi » dans mon travail. Dans mes tableaux, ce sont les personnes de mon entourage qui figurent, et je vois pourquoi, ayant infusé dans le milieu du hip-hop, je privilégie autant le langage du corps. La peinture est aussi un langage du corps, même si elle est très « écrite » chez moi. Cela m’a aussi permis de formuler un contenu sociologique, latent dans mes tableaux, mais que je n’avais pas encore cherché à analyser. Dans En finir avec Eddy Bellegueule, la violence crue est montrée d’un point de vue subjectif, sans distance, comme celle du groupe de jeunes que je peignais. Cette violence que l’on a reprochée à Édouard, on me l’a aussi reprochée. Je crois que sa représentation, telle quelle, ne se limite pas au simple témoignage, mais en dévoile certaines causes par son articulation avec un contexte. Bien entendu cette articulation n’est pas donnée, elle se cherche, elle est infiniment manipulable par la littérature, par la peinture, etc. C’est peut-être à ce niveau-là que je parlerais de vérité. En tout cas, si l’on considère cette violence comme le symptôme d’enjeux difficilement cernables, sa représentation sans filtre permet de démontrer l’existence réelle de ces enjeux. Et puis, dans mes scènes, il y a certes de la violence, mais si l’on regarde de près, il y a aussi des personnages qui rient, comme si l’on assistait à un jeu, ou même certaines étreintes qui semblent être des marques d’affection.

Édouard Louis : Quand j’ai découvert les premiers tableaux de Guillaume, ceux dans les parkings, ce que je me suis dit, c’est qu’ils traitaient de la violence. C’est ce qui m’a intéressé, puisque je crois vraiment que c’est dans la violence qu’on trouve la vérité d’un monde, que c’est dans la violence d’une société qu’on trouve sa vérité cachée : dans sa manière de traiter les femmes, les homosexuels, les classes populaires, les migrants, dans tous ceux qu’elle violente pour tenter d’exister, et, par-là, de se définir. Pourtant, plus j’ai regardé ses tableaux et plus j’ai dû admettre qu’ils représentaient des scènes extrêmement différentes. Parfois, le découpage entre celui qui frappe et celui qui est frappé est très clair, parfois on ne sait pas trop. Et, en fait, quand on dit que ses tableaux traitent de la violence, on passe à côté d’un problème essentiel : c’est que sous ce mot se retrouvent des réalités non seulement différentes, mais même parfois opposées. Et je pense que, quand on essaye de comprendre les mécanismes qui font une vie, que ce soit à travers la peinture ou la littérature, il faut toujours prendre en considération ce fait : le langage nous piège et nous ment, il ne nous dit pas la vérité spontanément, il faut trouver la vérité contre lui.

Qu’entendez-vous par la formule « le langage nous ment » ? 

Édouard Louis : J’ai attiré l’attention sur ce fait au moment de la publication d’En finir avec Eddy Bellegueule, qui traite d’un changement d’identité et de nom. À sa sortie, je disais souvent que le langage ment, puisque quand on vous demande le nom que nous portez on vous dit : « Comment tu t’appelles », or ce n’est pas vrai, ce n’est pas toi qui te nommes, ce sont les autres, nos parents, la société… Si le langage ne mentait pas nous dirions « comment on t’appelle », c’est-à-dire comment le monde t’appelle, envers et contre toi.

Pour prendre un exemple radicalement différent sur cette question du langage, dans Le livre des violences, William T. Vollmann, parle de la Shoah et du Goulag. Il explique que quand des déportés s’échappaient de certains camps de concentration – comme celui Buchenwald – les nazis exécutaient en représailles des dizaines de juifs dans le camp. Alors que quand un déporté s’échappait du Goulag dans la Kolyma, il se retrouvait, à cause de la situation géographique, perdu dans l’immensité de l’Arctique et il mourrait vite de froid. Dans un cas, le mot fuir voulait dire commettre un suicide, dans l’autre il signifiait commettre un homicide. Le même mot recouvrait deux réalités extrêmement différentes.

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L’art contemporain travaille avec l’ordinaire, le presque rien, le banal. Est-ce que vous deux, qui prêtez davantage d’attention au style, souhaitez mettre en place d’autres formes artistiques qui seraient ce que l’écrivain Tristan Garcia nomme « le coup d’après »

Guillaume Bresson : C’est difficile de penser une forme artistique comme « le coup d’après »… Le véritable coup d’après ne se prévoit pas. Il faut viser à côté. Mais oui, je cherche de nouvelles combinaisons, des lieux qui permettent la rencontre de logiques hétérogènes, de différentes disciplines. Une peinture qui peut montrer le réel mais aussi le penser, retrouver son « langage objet », et pas seulement ressasser sa propre histoire ou s’extasier sur sa fin. Je crois que l’on peut trouver des formes nouvelles de récit, autres qu’une simple « peinture d’histoire avec des sujets contemporains ». Désarticuler la forme « peinture d’histoire » et ne garder que ce qui nous concerne aujourd’hui, l’informer des évolutions formelles qui ont lieu dans les autres champs. Par exemple, j’essaie d’articuler « l’historia » de Leon Battista Alberti et sa grille de perspective, avec ce que Barthes nomme « activité structuraliste », décrivant cette pratique de décomposition / recomposition du réel permettant de reconstituer un autre objet qui lui ressemble, et d’en dégager des règles de fonctionnement. Réinterpréter la perspective d’Alberti, la dégager de son sens humaniste et réconciliant de la Renaissance, pour lui donner la lecture sociologique d’une structure invisible dans laquelle s’établit la discorde.

Édouard Louis :  Je suis d’accord avec Guillaume, je ne peux pas prévoir ce que je veux écrire et si je le prévois, au moment où j’écris, mon projet se transforme. Après, il est évident que j’écris contre, contre d’autres, que j’écris dans un sentiment de révolte par rapport à toute une partie de la littérature. Dans ce que j’ai voulu faire à travers Histoire de la violence ou Eddy Bellegueule, il y a cette volonté de mettre au cœur ce qu’on pourrait appeler la « scène ». Eddy Bellegueule ce n’est pas des petites histoires individuelles, ce n’est pas l’histoire d’un petit garçon qui fuit sa famille, ce sont des scènes, des scènes qui produisent cette fuite, je l’ai explicitement montré à travers la construction de petits chapitres thématiques :les femmes, le café, la résistance à la médecine, etc. Dans ce livre les causes, ce sont les scènes, la volonté – de s’enfuir ou autre chose – est un effet de la configuration des scènes. Dans Histoire de la violence, ce qui se passe entre Reda et moi, le huis clos qui constitue le livre est une scène où se rencontrent deux histoires, la mienne et la sienne. Une scène où la mise en contact de différents éléments, la taille de l’appartement dans lequel nous sommes, le passé de Reda, le mien ou encore la lumière produisent une situation particulière : il me faut 300 pages pour décrire un huis clos de deux heures, pour montrer comment cette scène est une configuration spécifique d’éléments déterminés – et comment cette configuration d’éléments déterminés peut produire des situations inattendues, puisque des habitus et des déterminismes articulés à des scènes particulières peuvent produire des ruptures, des évènements. De la même façon, qu’il s’agisse des parkings ou des joggeurs, Guillaume ne peint pas des petits personnages avec leurs petites histoires anecdotiques, il peint des scènes, des lieux, des lumières, des ambiances et ce qui se passe entre les individus est le produit de l’ensemble de la scène : il faut faire l’histoire de toute la scène pour comprendre ce qu’il se passe, et en ce sens, on pourrait dire qu’il y a dans ce que nous essayons de faire, une recherche permanente de la représentation de la scène, du lieu, une sorte de pensée géographique. »

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Adaptation au théâtre de « En finir avec Eddy Bellegueule »

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L’adaptation au théâtre d’ « En finir avec Eddy Bellegueule », avec le comédien Micha Lescot, et dans une mise en scène de Richard Brunel, sera présentée à Valence les 29 et 30 mai 2015 à 20H30, ainsi que le 1er juin à 19h.

Il est possible de réserver des places sur le site de La Comédie de Valence, en cliquant ici.

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Dialogue sur la création avec Hans-Ulrich Obrist

89Je dialoguerai, le 12 décembre à 21h30, avec Hans-Ulrich Obrist sur la création en art et en littérature. La soirée commencera à 21h avec une série de performances artistiques dans le cadre du projet 89plus, crée par Hans-Ulrich Obrist et Simon Castets, et aura lieu à la Fondation Cartier pour l’art contemporain.

Fondation Cartier pour l’art contemporain – 261 Boulevard Raspail, Paris 14ème arrondissement.

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