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La vérité en littérature

DSC01794 Il y a quelques jours, et un peu par hasard, j’ai retrouvé ces photos de la maison dans laquelle j’ai grandi et que je décris dans En finir avec Eddy Bellegueule, alors que j’essayais de faire le tri dans mon ordinateur en classant et en supprimant des fichiers. On y voit le volet vert de ce qui a été ma chambre pendant quinze ans, les trous dans les murs, aussi, qui laissaient entrer l’eau quand il pleuvait et qu’on tentait de couvrir avec du carton ou des bâches qui s’arrachaient. J’écrivais dans le livre : « de ma chambre humide et froide que je détestais, dans laquelle l’eau s’infiltrait les jours de pluie. » Je me suis souvenu que, lorsque j’avais envoyé le manuscrit d’Eddy par la poste, à plusieurs éditeurs, j’avais proposé, dans la lettre qui accompagnait les manuscrits, d’ajouter des photographies à l’intérieur du roman. J’ai souvent dit que le point de départ de l’écriture de ce livre avait été une sorte de volonté de vérité ( contre ce qui m’apparaissait comme le silence et l’absence à l’intérieur de la littérature, de ce que j’y décris, des vies et du langage qui s’y déploient ) ; que la vérité n’était pas un plus, un supplément par rapport au livre, un détail qu’on pourrait ou non prendre en compte en lisant En finir avec Eddy Bellegueule, mais que toute la conception du livre était hantée par cette volonté de dire le vrai, que tout le travail stylistique, formel, l’agencement des chapitres et des paragraphes, la ponctuation, les langages qui s’y affrontent, que tout ça était le résultat d’une recherche de la vérité par les outils de la littérature ( qui en ce sens, peut être beaucoup plus puissante que le témoignage pour restituer la réalité ). Pour pousser encore plus loin cette démarche, la radicaliser, j’avais donc pensé à inclure plusieurs photos dans le livre, qui, je crois, auraient pu avoir dans le texte une valeur littéraire, modifier le texte lui même par ce qu’elles auraient pu projeter sur lui – évidemment je n’aurais pas été le premier, loin de là, d’autres l’ont fait, on peut penser par exemple à Sebald, mais précisément chez lui les photographies servent le plus souvent à renforcer l’aspect fictionnel du texte, puisqu’il y mettait régulièrement des photos trouvées au hasard. Mon éditeur, à ce moment-là, pensait que ce n’était pas une bonne idée ; le livre a été publié sans les photos. Je les publie aujourd’hui. DSC01793

J’écris aussi dans le livre que je m’étais forcé à manger le plus possible pour grossir et, de cette manière, correspondre aux exigences de la masculinité dans le milieu de mon enfance ( puisque la maigreur des garçons était associée à une marque de féminité ) :  « je me mis soudainement à tout avaler sur mon passage, comme ces insectes qui se déplacent en nuages et font disparaître des paysages entiers. Je pris une vingtaine de kilos en un an. » Eddy a dix ans sur la première photo, onze sur la seconde. photo 2(1) photo 4

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