Journal de New York

Journal publié dans Les Inrocks

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Premier jour

Réveil. Onze heures. Le bruit de Manhattan, au loin. Sirènes de police, moteurs, hurlements. A coté de moi, posé sur le lit, ouvert, le livre de Primo Levi, Les naufragés et les rescapés que j’ai lu hier jusqu’au milieu de la nuit.

A l’instant où mes yeux s’ouvrent une réflexion de Primo Levi me revient, enveloppe ma conscience et m’empêche de penser à quoi que ce soit d’autre pour le reste de la journée ensuite.

Levi raconte qu’au fil des années qui passaient, après son retour d’Auschwitz, il se percevait lui-même de moins en moins comme le témoin direct de la violence des camps de concentration. Ou du moins, il disait qu’il ne faisait pas parti de ceux qui avaient éprouvé cette violence à son degrés le plus poussé, ceux-là étaient morts – c’est étrange, même le mot violence parait faible et dérisoire ici.

Primo Levi explique que ceuxqui ont éprouvé la violence des camps jusqu’a son extrémité la plus terrible ont précisément été tués ou réduits au silence par elle. Ceux qui ont été frappé par la violence la plus extrême ont, par définition, été détruits par cette violence, et ce n’est que ceux qui ont été épargnés à certains moments ou qui ont bénéficié de quelques infimes instants de répit qui ont pu témoigner de la Shoah – répit, bénéficier, tous les mots perdent leur sens. Primo Levi va même jusqu’a dire : Seuls ceux qui ont été « privilégiés » à certains moments dans les camps ont pu revenir et parler des camps, et l’expression « privilégiés » me pousse au bord des larmes.

Si ceux qui ont éprouvé la violence dans son intégralité ne peuvent par définition pas en témoigner, alors témoigner, c’est toujours parler pour quelqu’un d’autre, à la place d’un autre. C’est lui donner sa voix. Etre témoin de la violence, c’est être le témoin de cette impossibilité, de cet échec. C’est lutter désespérément contre l’impossibilité absolue.

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Avec Ocean Vuong à la New York Public Library

 

Deuxième jour

Soleil. J’ouvre mes mails au café, en prenant mon petit déjeuner. Je réponds à quelques-uns, découragé d’avance en pensant qu’il faudra répondre aux réponses, puis je pars rejoindre Ocean à Bryant Park, derrière la Public Library.

Ocean a publié son premier recueil de poèmes il y a quelques mois, Night Sky with exit wounds. Nous avons la même éditrice en Allemagne, c’est elle qui nous a présenté l’un à l’autre. J’ai lu les poèmes d’Ocean juste après l’avoir rencontré et pendant des semaines j’ai été bouleversé, je ne savais plus penser à autre chose.

Ocean est né au Vietnam, dans une famille analphabète. Sa mère ne sait pas écrire son nom. Ils ont émigré en Amérique quand il était enfant. Ils ont fui.

Nous passons l’après-midi à rire, à dire des choses sans importance et à parler de littérature.

Ocean me raconte une histoire : un jour sa mère est venue écouter une de ses lectures dans une librairie. C’était la première fois qu’elle entrait dans une librairie. A la fin de la rencontre, le public a applaudi Ocean. Alors sa mère est venue vers lui, elle pleurait. Ocean lui a demandé ce qui lui arrivait. Elle a répondu : Je n’aurais jamais pensé qu’un jour autant de Blancs applaudiraient un de mes enfants.

 

Quelques jours plus tard ( C’est toujours le mois de février )

J’essaye de travailler, je ne fais rien. Parfois mes journées sont comme ça, je n’arrive pas, je peux rester six, sept heures devant l’écran sans écrire un seul mot, la journée est longue, je cherche des manières de la faire passer plus vite, je déploie des stratégies, je me tends des pièges à moi-même, je reste sous la douche le plus longtemps possible, je compte le temps, je vais acheter du mauvais café au supermarché et tandis que je marche, je pense « ça fera dix bonnes minutes de perdues », je vais à la poste où je n’ai rien à faire, et je me répète aussi, encore, « dix bonnes minutes », et tout le temps j’espère que la journée va se terminer mais dès qu’elle est terminée, je panique, je voudrais la retenir, je voudrais que le temps ne passe plus, et le lendemain la situation se reproduit, je me lève et la journée devant moi à l’air sans fin possible, jusqu’à la fin effectivement atteinte que la panique remplit.

Ce jour-là vers quinze heures je capitule. Je vais à la salle de sport dans le Upper West Side et je cours, je cours de toutes mes forces.

Fin d’après-midi. Je reçois un message de Xavier qui me dit qu’il est en Angleterre pour terminer le tournage de son prochain film, John F. Donovan, et quand je vois la vitesse a laquelle il travaille tout en faisant des films si importants, j’ai encore plus honte de n’avoir rien fait.

Le soir je bois beaucoup pour ne plus penser.

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Plus tard encore

Un éditeur italien me contacte. Il s’apprête à publier des livres de James Baldwin encore jamais traduits en Italie, et il me demande d’écrire une préface. J’accepte. Chaque matin je me réveille – toujours à la même heure, aux alentours de dix heures et demi – je vais marcher à Central Park, je bois quelques cafés et je remonte à l’appartement pour travailler. J’ouvre les Oeuvres de Baldwin, je lis, je prends des notes, j’essaye de former des phrases.

Quelque chose me frappe dans son livre The Devil Finds Work : quand Baldwin, qui vient d’une famille de pasteurs pauvres, découvre la littérature et le cinéma, alors que dans son enfance les gens autour de lui étaient plutôt privés de l’accès à la culture, il se lance dans une espèce de course pour voir et pour lire le plus d’oeuvres possibles sur la vie des Noirs en Amérique, sur l’exclusion dont ils sont l’objet, il se cherche dans ces oeuvres, il essaye de trouver dans l’art des représentations de lui-même, de sa vie – et il doit lutter pour ça, car il se rend compte que la culture s’adresse la plupart du temps aux Blancs.

Mais voilà : plus il lit de choses sur ce qui lui apparait comme étant lui-même, sur le monde dans lequel il a grandi, sur la vie des classes populaires noires, et plus il devient une personne différente, plus il se différencie du monde de son enfance, jusqu’a devenir l’écrivain qu’il est devenu.

Comme si voir ce qu’il est lui permettait de voir toutes les logiques sociales qui l’ont constitué et qui ont formé son corps, le racisme, l’oppression, la pauvreté, et comme si prendre conscience de tout cela lui permettait justement de produire une forme de distance par rapport à ces forces sociales, d’essayer de s’en dégager et d’inventer sa liberté.

Se voir, se transformer, il n’y a pas de différence.

La nuit, je suis fatigué de lire en anglais ( une bonne partie des essais de Baldwin n’existent pas en français ) et je lis Impatience de Francois Bon. Magnifique.

 

Février, toujours

Je continue de travailler sur Baldwin. Le plus souvent je commence à écrire vers midi et je m’arrête autour de dix huit heures, à bout de forces. Je vais marcher plusieurs heures dans la ville, je descends les avenues de Central Park jusqu’a Wall Street, j’essaye de substituer l’épuisement physique à la fatigue intellectuelle.

Le soir au restaurant je retrouve Tash Aw. C’est une histoire à peine croyable, mais il est né à Kuala Lumpur, et il vit maintenant entre New-York, Londres et… Hallencourt, le village du Nord de la France où je suis né et que je décris dans mes deux premiers romans. Il faudrait plus de temps pour raconter comment il a atterri là-bas. En tout cas il a écrit un long article pour London Review of Books sur Histoire de la violence et sur Eddy, connaissant bien le village, la réalité que je décris. Depuis, nous avons échangé des messages, nous nous sommes vu plusieurs fois, et nous sommes devenu amis. C’est a peine imaginable d’être a New-York et de voir quelqu’un avec qui je peux parler du petit chemin de terre où je construisais des cabanes avec mes voisins entre l’âge six et onze ans, en sachant que cette personne visualise parfaitement le chemin, sa morphologie, l’odeur de la terre et de la craie.

Mars

Pluie. Laideur de New-York, parfois. J’allume la télé et je tombe sur l’interview d’un homme politique Républicain. Quand il parle je sens le dégoût qui remplit mon corps. Je voudrais vomir.

Je l’écoute parler de la nécessité pour les Etats de faire des économies. Quand il prononce le mot « économies » il veut dire qu’il faut affamer les pauvres encore plus, déposséder les Noirs encore plus violemment. Mais il ne le dit pas. C’est ça la droite : le mensonge. La gauche dit ce qu’elle veut faire, augmenter les allocations familiales, transformer le système scolaire, augmenter les impôts des plus riches. Mais la droite, elle, ne dit jamais ce qu’elle veut vraiment, réellement faire. Elle ne dit jamais : Nous allons affamer les pauvres et mettre en prison les Noirs. Ce qui caractérise la droite, c’est ce décalage entre ce qu’ils font et ce qu’ils disent qu’ils font. Parfois la gauche trahit ses promesses, c’est vrai, mais c’est autre chose, ne pas tenir une promesse et faire du déni la définition même de son discours et de son être, ça n’a rien a voir.

 

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Skype avec Didier Eribon et Geoffroy de Lagasnerie

 

Le soir, skype avec Didier et Geoffroy, comme toujours quand je suis en Amérique. Ils me manquent. Terriblement. Didier travaille avec Thomas Ostermeier qui adapte Retour à Reims pour le théâtre, leur collaboration marche très bien, Didier a l’air heureux et je suis heureux de le voir heureux – il me semble que l’amitié c’est aussi simple, et aussi beau que ça.

Lectures du mois : Purge de Sofi Oksanen, Infidèles d’Abdellah Taia, et La convocation, d’Herta Muller.

Avril

Ce mois-ci, En finir avec Eddy Bellegueule sort aux Etats-Unis. La soirée de présentation du livre se fera sous forme de dialogue avec Teju Cole à la librairie Albertine.

J’arrive à la librairie. Dehors, la tempête. Le vent était si fort qu’il a projeté mon corps sur le trottoir dans la rue, je marchais et je suis tombé, renversé par une bourrasque.

Le dialogue commence, et au milieu de la soirée, quelqu’un dans la salle me demande si dans Eddy il y a des choses que je n’ai pas dites sur mon père.

Soudain un souvenir me revient. Très souvent les rencontres comme ça produisent cet effet, elles bouleversent ma mémoire.

Il y a longtemps, j’avais douze ans, je marchais avec ma meilleure amie Amelie dans les rues du village ou j’ai grandi, c’était la nuit, et tout à coup nous avons trouvé un portable par terre, sur l’asphalte. Nous l’avons ramassé et nous l’avons gardé.

Quelques jours plus tard la police a appelé mes parents pour leur dire que j’avais volé un téléphone. Je trouvais l’accusation exagérée, mais mon père paraissait croire la police plus que moi. Il est venu me chercher dans ma chambre, il m’a giflé et il m’a emmené au commissariat.

Il n’a rien dit dans la voiture mais quand nous nous sommes assis devant la police, tout de suite mon père s’est mis à me défendre, avec une force que je n’avais jamais rencontrée ni dans sa voix ni dans son regard. Il leur disait que je n’aurais jamais volé un téléphone, que je l’avais trouvé, c’est tout. Il disait que son fils – moi – allait devenir un professeur, un médecin, il ne savait pas encore, qu’en tout cas il – moi – ferait des « grandes études », que son fils n’avait rien a voir avec les délinquants ( sic ). Qu’il était fier de moi. Je ne savais pas qu’il pensait tout ça de moi ( qu’il m’aimait ? ). Pourquoi est ce qu’il ne me le disait jamais ?

Plusieurs années après, quand j’ai fui le village et que je suis allé habiter à Paris, quand le soir dans les bars je rencontrais des hommes et qu’ils me demandaient quelles étaient mes relations avec ma famille, je leur répondais toujours que je détestais mon père. Ce n’était pas vrai. Je savais que je l’aimais mais je ressentais le besoin de dire aux autres que je le détestais. Pourquoi ? Je reproduisais la même chose que lui quelques années plus tôt : exactement comme il ne me disait jamais qu’il m’aimait, et que je l’avais découvert par hasard face à la police, je ne voulais pas admettre ce que je ressentais pour lui. Est ce qu’il est normal d’avoir honte d’aimer ?

Apres la rencontre avec Teju Cole, nous allons diner, Tash vient avec nous et il y a aussi l’équipe d’Albertine, que j’adore. Une femme à coté de nous interrompt Tash pour lui dire a quel point elle a été bouleversée par son dernier roman, publié en France sous le titre Un milliardaire cinq étoiles.

Lecture de la nuit : relecture de La supplication de Svetlana Alexievitch. Chef d’oeuvre absolu.

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Portraits par Sebastian Kim pour la publication de The End of Eddy aux Etats-Unis

 

Avril

Je suis invité à une fête organisée par la revue The Paris Review.

Quand j’arrive je croise Lorin, nous parlons un long moment. Dès qu’il s’éloigne je ressens une solitude infinie. Je regarde autour de moi : je vois la bourgeoisie new-yorkaise en smoking et robes de gala, je vois les serveuses et les serveurs qui portent des plateaux avec dessus des coupes de champagnes. Je voudrais m’enfuir.

Ce que je vois, c’est la capacité de la bourgeoise à prendre un verre sur un plateau sans jamais regarder la personne qui les sert, en continuant leur conversation, comme si les serveurs n’étaient pas là. Je serais incapable – je veux dire même techniquement incapable, sans renverser le plateau – d’ignorer quelqu’un à ce point-là.

Combien d’années faut-il d’apprentissage et de dressage dans la bourgeoise pour réussir à faire ça ? Combien de temps est ce qu’il faut pour apprendre à ignorer ?

La bourgeoisie c’est l’apprentissage de l’ignorance ( le dictionnaire dit : « L’ignorance est un décalage entre la réalité et une perception de cette réalité ».)

( une voix dans ma tête : et si la bourgeoisie regardait les serveurs, est ce que cela rendrait plus acceptable le fait que des humains servent des humains ? )

Je bois le plus possible. Le lendemain j’envoie un mail à Zadie : Je suis désolé si je t’ai dit des choses bêtes hier, j’avais trop bu ( vague souvenir que nous avons parlé de son dernier roman Swing Time). Elle me répond : Ne t’en fais pas, j’étais encore plus saoule que toi, je ne me souviens de rien.

Mai

Elections présidentielles en France. La politique me fait pleurer. J’étais à New-York déjà le jour de l’élection présidentielle américaine, en novembre. Je mangeais au restaurant avec Adam, le patron avait installé des écrans partout dans la salle pour que les clients puissent suivre l’annonce des résultats, et je me souviens la façon dont la salle s’était vidée, comment les sourires s’étaient effacés sur les visages.

J’étais arrivé vers sept heures du soir et tout le monde était certain de la victoire de Clinton. Et puis progressivement les résultats s’étaient affiché sur les écrans et le silence avait saturé tout l’espace du restaurant ( et n’importe quelle personne qui connait New York sait que le silence n’est pas une chose habituelle dans cette ville ).

J’ai lu il y a une semaine à peine le témoignage d’un homme qui a survécu au crash d’un avion. Il racontait que quand l’avion chutait depuis le ciel vers le sol à une vitesse à peine imaginable pour un corps, personne ne parlait ou criait, personne ne pleurait, mais au contraire il y avait dans la cabine de l’avion le silence le plus profond que cet homme ait jamais entendu. C’est le même silence qui avait rempli la salle du restaurant le soir de la victoire de Trump.

Pourtant en France les choses sont différentes. La gauche a été forte pendant la campagne présidentielle. La gauche, que ce soit celle de Hamon ou celle de Mélenchon, a été forte parce qu’elle a refusé de parler le langage de la droite et de l’extrême droite. Pendant la campagne on n’a presque pas entendu parler d’islamisme comme ils disent, ou de sécurité, ou de guerre. Le Pen a essayé d’imposer ces sujets mais elle n’a pas réussi, elle parlait toute seule. La grande défaite de la gauche c’est quand elle répond a la droite.

Je suis troublé par exemple aux Etats Unis de voir que les journaux progressistes passent leur temps a parler de Trump, à tenter de prouver qu’il a tort. Pourquoi montrer qu’il se trompe et qu’il ne dit pas la vérité, alors que tout le monde le sait déjà ?

Le problème, surtout, c’est que quand la gauche répond a la droite elle s’enferme dans les problèmes que la droite choisit, au lieu de poser ses propres problèmes, d’inventer son propre langage. En répondant a la droite, la gauche légitime les problèmes posés par la droite. Elle ratifie ses questions comme des questions dont il est possible de parler.

J’ai toujours pensé au contraire que la démocratie devrait consister a fermer certains débats autant qu’à en ouvrir – à rendre certaines questions impossibles.

La démocratie, que la gauche doit incarner, devrait consister a dire : Il y a des questions auxquelles je ne répondrai pas, car y répondre, même d’une manière critique, c’est les rendre légitimes. « L’islam est il un risque ? » ne doit pas être une question, car répondre a cette question même en disant que non c’est faire exister cette question. Deux femmes devraient elles avoir le droit d’élever un enfant ensemble ne doit pas être une question non plus.

Il faudrait remettre le silence au coeur de la politique contemporaine – un autre type de silence que celui dont je parlais avant – et dire : je ne répondrai pas a telle ou telle question, car elle ne me parait pas acceptable. La droite peut en parler mais je ne lui répondrai pas.

La gauche d’Hamon ou de Poutou ou de Mélenchon a été puissante pendant cette campagne de 2017 car quand Le Pen insultait les musulmans ou les femmes ils ne lui ont pas répondu. Ils ont posé leurs propres problèmes : le revenu universel, les retraites, les violences policières, l’immunité parlementaire et l’absence d’immunité ouvrière.

C’est grâce a cette capacité de la gauche en France a être forte parfois que Le Pen a perdu une fois de plus l’élection et que j’ai pu célébrer sa défaite dans le West village avec Tash, Maaza et Zadie ( même si Macron m’inquiète, inutile de le préciser ).

Lecture : Alexievicth, encore.

Un jour, il faudra décider si je pars ou si je reste dans cette ville.

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Avec Tash et Zadie dans le West village de New York

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Louisiana Festival / Copenhague

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This summer, I will be in Copenhagen as part of the Louisiana Festival, with Zadie Smith, Colson Whithead, Laurie Anderson, Svetlana Alexievitch, Paul Auster, etc

I will give a talk about my novel History of violence – just released in danish – and about literature in general, the 26th of August, at 2:30pm. This talk will be in French, translated into Danish and English.

The 27th of August, I will be in conversation with Colson Whitehead at 2:30pm ( in English ).

More informations here.

 

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Histoire de la violence au festival d’Avignon

cxelwwyucaajxy1-jpg-largeLe 12 juillet 2017, à 22h30, sera présentée dans le Off du Festival d’Avignon une lecture d’Histoire de la violence. A l’issue de la lecture, je dialoguerai avec le metteur en scène, Laurent Hatat, qui avait notamment adapté au théâtre Retour à Reims de Didier Eribon en 2014.

La lecture et la discussion se dérouleront au théâtre de la Manufacture.

Voici la présentation de la soirée donnée dans le dossier de presse de la compagnie :

Laurent Hatat prépare une adaptation théâtrale du roman d’Edouard Louis, Histoire de la Violence (…). Une première version de 40 minutes sera présentée à la Manufacture le 12 juillet 2017 à 22h30 dans le cadre d’une journée de réflexion, de débats, de présentations de projets autour de l’émergence contemporaine qui se déroulera de 14h à 23h.

« Nous donnerons d’abord une lecture de quelques extraits du roman Histoire de la Violence.
J’animerai ensuite une rencontre avec Edouard Louis. Au-delà des échanges sur le roman en lui-même, son succès international – j’aimerais axer la thématique de la rencontre sur la question de l’adaptation, au cinéma ou encore au théâtre avec le projet d’anima motrix. Nous évoquerons aussi les enjeux et les risques du point de vue de l’auteur. » Laurent Hatat

écriture et conception Laurent Hatat | avec Edouard Louis, Emma Gustafsson, Arnaud Vrech, Céline Langlois et Laurent Hatat

— La Manufacture, Avignon (rue des Écoles)
le 12 juillet de 22H30 à 0H00

 

 

 

 

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My Father’s Country

Article published in the New York Times ( long version )

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Last month, the face of Marine Le Pen appeared on my computer screen. The headline under the picture read, “Marine Le Pen in Round Two.” The leader of France’s far-right National Front had advanced to a runoff vote in the presidential election. I immediately thought of my father, several hundred miles away. I imagined him bursting with joy in front of the TV — the same joy he felt in 2002 when Jean-Marie Le Pen, the previous leader of the National Front made it to the second round. I remembered my father shouting, “We’re going to win!” with tears in his eyes.

I grew up in Hallencourt, a tiny village in Northern France where, until the 1980s, nearly everyone worked for the same factory. By the time I was born, in the 1990s, after several waves of layoffs, most of the people around me were out of work and had to survive as best they could on welfare. My father left school at 14, as did his father before him. He worked for 10 years at the factory. He never got a chance to be laid off: One day at work, a storage container fell on him and crushed his back, leaving him bedridden, on morphine for the pain.

I knew the feeling of being hungry before I knew how to read. From the time I was 5 my father would order me to go knock on the door of one of my aunts, who lived down the street, and ask if she could spare some pasta or bread for our table. I was sent because he knew it was easier to pity a child than an adult. Every year the amount of his workers’ compensation decreased. I have four siblings, and in the end, my father couldn’t feed a family of seven. My mother didn’t work; my father said a woman’s place was in the home.

At 18, thanks to a series of lucky breaks and miracles, I became a student of philosophy in Paris, at a college considered one of the most prestigious in France. I was the first in my family to attend university. So far from the world where I’d grown up, living in a little studio on the Place de la République, I decided to write a novel about where I came from. I wanted to bear witness to the poverty and exclusion that were part of our everyday experience. I was struck and troubled by the fact that the life I knew all those years never appeared in books, in newspapers or on TV. Every time I heard someone talk about « France », in the media or even in the street, I knew they weren’t talking about the people I’d grown up with.

Two years later, I finished the book and sent it to a big Paris publisher. Less than two weeks later, he sent a reply: He couldn’t publish my manuscript because the poverty I wrote about hadn’t existed in more than a century; no one would believe the story I had to tell. I read that email several times, choked with rage and despair. The explanation was tragic but simple : the life I’d known, the life that my mother and father still lived while I was writing, was so completely absent from the public discourse that, in the end, those who didn’t live it believed that it didn’t exist.

In the 2000s, when I was growing up, every member of my family voted for Le Pen. My father went into the polling station with my older brothers to make sure they really were voting for the National Front. The mayor and his staff members didn’t say anything when they saw my father doing this. In our village, with its population of only a few hundred, everyone had attended the same school. Everyone saw everyone else at the bakery in the morning or in the cafe at night. No one wanted to pick a fight with my father.

A vote for the National Front was of course a vote tinged with racism and homophobia. My father looked forward to the time when we would “throw out the Arabs and the Jews.” He liked to say that homosexuals deserved the death penalty — looking sternly at me, who already in primary school was attracted to other boys on the playground.

And yet what these elections really meant for my father was a chance to fight his sense of invisibility. My father understood, long before I did, that in the minds of the bourgeoisie — people like the editor who would turn down my book a few years later — our existence didn’t count and wasn’t real.

The writer Pierre Bergounioux has observed that the difference between the powerful and the powerless is not just a matter of wealth or education – No, it is also that the powerful get to exist twice. First they exist as bodies: walking around, eating, making love. But they have another existence too, in the world of representations – in literature, in art, in the media. The powerless are allowed only the life of the body. Their lives don’t show up in books or in political discourse. My father voted against this injustice. Unlike the ruling class, he didn’t have the privilege of voting for a political program. Voting, for him, was a desperate attempt to exist in the eyes of others.

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He had felt abandoned by the political left ever since the 1980s, when it began adopting the language and thinking of the free market. Across Europe, as Didier Eribon pointed out in his book Returning to Reims, left-wing parties no longer spoke of social class, injustice and poverty — of suffering, pain and exhaustion. They talked about modernization, growth and harmony in diversity — of communication, social dialogue and calming tensions. My father understood that this technocratic vocabulary was meant to shut up workers and further the spread of neoliberalism. The left wasn’t fighting for the working class, against the laws of the marketplace; it was trying to manage the lives of the working class from within those laws. The unions had undergone the same transformation: My grandfather was a union man. My father was not.

When he was watching TV and a socialist or a union representative appeared on the screen, my father would call out, “Whatever — left, right, now, they’re all the same.” That “whatever” distilled all of his disappointment in those who, in his mind, should have been standing up for him but weren’t. By contrast, the National Front railed against poor working conditions and unemployment, blaming it all on immigration or the European Union. In the absence of any attempt by the left to discuss his suffering, my father took ahold of the false explanations offered by the far-right.

I don’t know for sure how he voted last month, in the first round of the presidential election, and I don’t know for sure how he will vote on Sunday, in the runoff. He and I almost never speak. Our lives have grown too far apart, and whenever we try to talk on the phone, we are reduced to silence by the pain of having become strangers to each other. Usually we hang up after a minute or two, embarrassed that neither of us can think of anything to say.

But even if I can’t ask him directly, I’m confident he is still voting for the National Front. In his village, Marine Le Pen came out way ahead in the first round of the election. In the European elections, three years ago, almost 55% of the village voted for the far right – and if all those who were eligible had cast their votes, the tally would probably have exceeded 70%.

Today, writers, journalists, and liberals bear the weight of responsibility for the future. Unless they offer a discourse and framework that allow the outcast to feel represented, then these outcasts will turn to whatever populist movement gives them the illusion of being counted. To persuade my family not to vote for Marine Le Pen, it’s not enough to show that she is racist and dangerous: Everyone knows that already. It’s not enough to fight against hate or against her. We have to fight for the powerless, for a language that gives a place to the most invisible people – people like my father.

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À paraître :  » Histoire de la violence » aux Pays-Bas et en Allemagne

Cet automne paraîtront la traduction allemande et la traduction néerlandaise d’Histoire de la violence, chez « De bezige bij » et « S. Fischer ».

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Conversation with Teju Cole

For the launch of « The End of Eddy » in the USA, I will have the great pleasure to talk with Teju Cole at Albertine in New-York, the 25th of April at 7pm.

The event is free and open to the public.

More informations here.

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Lecture and discussion at University of North Carolina

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20/03/2017 · 14:06